Les Dieux de la Deutsche Bahn

Ce matin, après un réveil difficile, me voilà en route pour prendre le train. Une petite aventure à laquelle j’ai droit au moins une fois par semaine. Pourtant, on ne s’en lasse jamais : quand vous prenez le train en Allemagne, vous ne savez jamais au juste ce qui peut vous arriver…

Je ne me laisse donc pas démonter quand j’arrive à la station de s-bahn (le RER berlinois) pour y trouver affiché : „Zug fällt aus!“ (train annulé). Après tout, le prochain est dans 15 minutes. Or, j’ai pris mes précautions : même s’il faut théoriquement 2 minutes pour arriver à la prochaine station, j’ai encore près de 25 minutes devant moi. Je reste donc sereine (tout en priant un peu quand même qu’il y ait de la place dans la prochaine rame qui s’annonce bondée, après un train annulé).

Tout se passe bien, me voilà sur le quai de la gare, pour prendre mon RE (train régional). Là, j’ai quand même un choc : mon train est annoncé deux fois, une fois avec 45 minutes de retard, une autre fois accompagné d’un mystérieux +15. Je décide donc courageusement d’aller affronter le dragon du comptoir Information, afin d’élucider le mystère. Et là, il s’avère que mon train a 60 minutes de retard (eh oui : 45+15, c’est logique, pardi !). Bon, restons calme : avec une heure de retard, j’arrive certes avec 10 minutes de retard à mon cours, mais c’est encore acceptable, n’est-ce pas ? Car il s’agit après tout d’un trajet de 3h au total. Je me dirige donc vers le prochain café.

La queue est longue, mais peu importe, j’ai 60 minutes à perdre… A ma gauche est assis un petit groupe de jeunes gens dont je me dis qu’ils attendent le même train que moi, même si j’ignore d’où me vient cette idée. Mais surtout, je ne sais pas pourquoi, je ne suis pas tranquille. D’autres personnes viennent s’asseoir… 15 minutes passent… Puis, soudain, un jeune se précipite vers la table voisine en criant „Der Zug ist da!“ (Le train est là !). Ni une, ni deux, la moitié du café est debout et court vers le quai… Pour y voir effectivement le train prendre son départ. Sous le choc, je ne sais plus quoi dire ni quoi faire !

Mes compagnons d’infortune s’épanchent (partager la même galère, ça ouvre toujours le cœur – ou la bouche), moi aussi (j’ai retrouvé quoi dire : „ich fasse es nicht! » version allemande de « je suis sous le choc ») et nous nous rendons à nouveau au comptoir Information, où nous apprenons qu’un train de rechange a été apprêté et vient effectivement de partir… L’autre train, décidément mal en point, s’arrêtera au sud de la ville (je me trouve au nord). Autrement dit, j’en suis quitte pour 90 minutes d’attente, jusqu’au train suivant, et cette fois-ci, je suis vraiment en retard.

Il faut savoir que les annonces de la Deutsche Bahn (le pendant allemand de la SNCF) sont légendaires : il existe des annales rassemblant les plus farfelues, et un compte Twitter leur est même dédié. Voici un exemple de ce qu’on y trouve : „Nach zehn Mal laut fluchen und fünf Mal beten hat es geklappt und unsere Fahrt wird fortgesetzt. » (après avoir juré 10 fois tout haut et prié 5 fois, ça a finalement marché et notre train peut repartir). Leur exactitude grammaticale laisse aussi souvent à désirer, et je me souviens avoir entendu un vieux couple s’indigner du fameux « Zug endet hier » utilisé comme équivalent du français « Terminus ». « Ce n’est pas le train qui termine ici, mais le trajet ! » bougonnaient-ils. Ma voisine de café m’a raconté avoir passé 30 minutes dans un train arrêté devant la gare à laquelle elle souhaitait descendre. Lorsque celui-ci est reparti, il a « contourné » la gare en question pour s’arrêter à la suivante… J’ai déjà vécu des situations dans lesquelles on m’avait annoncé que ma correspondance n’attendrait pas, avant que je découvre à la gare qu’elle avait elle-même des problèmes techniques, et était en fait restée bloquée à quai !

Finalement, j’ai continué à discuter avec ma voisine, et je m’en sors avec une invitation à dormir dans l’Uckermark (y’a donc pire comme conclusion d’aventures ferroviaires). Lorsque, arrivée à destination, elle me quitte pour descendre du train, j’ouvre et commence mon livre, dont le prologue débute ainsi :

Un jour, nous avons recommencé à prendre des trains qui partent. La fidélité aux horaires n’est-elle pas un signe tangible de la renaissance d’un pays ? Cela n’a l’air de rien mais le retour de l’exactitude a une certaine portée morale, après que nos grandes villes ont été dévastées par la guerre. Loué soit l’indicateur des chemins de fer.

Que disais-je? „Ich fasse es nicht!“

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