Le Latte Macchiato et la crèche bilingue (bio et végétarienne)

IMG_20160111_194938307Chose promise, chose due (cf. billet sur Kohlhaas). Je voudrais donc revenir ici sur la variété berlinoise d’une espèce un peu particulière, le bo-bo. Celle-ci répond au doux nom de « Latte Macchiatto », en hommage à sa boisson préférée. Elle est très répandue, en particulier dans le quartier de Prenzlauer Berg, centre névralgique du phénomène, mais se propage également dans les quartiers de Friedrichshain, Neukölln ou Pankow.

Or, et c’est assez rare en Allemagne pour faire partie des caractéristiques décisives, le Latte Machiatto a des enfants. Dans un premier temps, c’est madame qui s’en occupe, allaitement oblige. On trouve alors la petite famille attablée aux terrasses du quartier, la mère sirotant sa boisson favorite, le petit dernier se désaltérant à son sein tandis que les plus grands s’égosillent en se poursuivant entre les tables. Ce qui n’est pas du goût de tous les clients… Les cafés se sont donc rapidement divisés en deux camps : ceux qui ont aménagé un « coin enfants » et ne sont plus fréquentés que par des mamans, et ceux qui ont carrément interdit leur entrée aux petites terreurs (eh oui, ce n’est pas politiquement très correct, mais cela fera sans doute plaisir à Marcela Iacub, qui ne comprenait pas que les boulangeries puissent être interdites aux chiens, alors que sa petite compagne est apparemment bien mieux élevée que les gamins de son quartier).

Puis, lorsque madame reprend la vie active, les petits doivent aller à la crèche. Le « Latte Macchiato », mâle ou femelle peu importe, les y emmène donc, à vélo bien sûr, son mode de déplacement favori, dans un siège placé sur le porte bagage, voire en remorque de vélo s’ils sont plusieurs. Vous vous demandez à quoi ressemble une remorque de vélo pour enfants, n’est-ce pas ? Eh bien, regardez la photo !

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Mais surtout, pas n’importe quelle crèche. De préférence bilingue (le chinois peut être envisagé pour raisons économiques). Bio. Végétarienne. Et c’est comme cela que les chères têtes blondes des « Latte Macchiato » se retrouvent farcies de langues étrangères au régime sec… car dans ces crèches, on goûte de concombre sur une tranche de pain ! Les sucreries étant, bien entendu, bannies. Difficile à appliquer ? Détrompez-vous ! Si l’auxiliaire de crèche venait à faire preuve de faiblesse, vous l’apprendriez sur le champ : votre bambin, tout fier, ne pourrait faire autrement que de vous narrer l’extraordinaire événement dès votre arrivée pour le récupérer. Donc le menu, c’est riz-carottes lundi, pâtes-courgettes mardi… vous voyez le tableau. Au-delà des questions qui peuvent se poser quand des enfants en pleine croissance doivent renoncer à la viande, les menus ne sont pas des plus équilibrés, le manque de protéines et de saveurs est criant pour toute personne extérieure à la mouvance « Latte Macchiato ».

Avec un tel régime, les défenses naturelles de l’organisme ne sont pas des plus vaillantes, et nos petiots sont donc très sensibles aux maladies qui sévissent fréquemment en crèche. Les auxiliaires tombent malades à leur tour, et grâce à cet acquis social révolutionnaire que constitue le congé maladie, ils (par souci d’égalité, nous avons cette fois adopté le masculin) restent alors chez eux se soigner. Du coup, on doit faire appel à des remplaçants sans contrat payés à l’heure. Comme ils n’ont pas de contrat, ils n’ont souvent pas non plus de formation : leur embauche n’est pas soumise aux mêmes conditions que celle des employés. Payés à l’heure, ce sont des prestataires de service indépendants. Mais en fait, contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce n’est pas si grave. Ce sont souvent eux les plus compétents. Car il est difficile de trouver des employés remplissant les conditions exigées par la loi, et ceux-ci ne sont, au final, pas toujours très efficaces. C’est un problème fréquent de la bureaucratie : les papiers demandés, qui devraient apporter la preuve des qualifications, ne sont au final qu’une formalité administrative sans rapport avec la compétence recherchée. Ces personnes sous contrat, formées mais mal orientées, sont surtout attirées par la sécurité de l’emploi (les crèches berlinoises sont en manque chronique de personnel, sans doute précisément en raison de ces formalités à remplir), et donc tout sauf passionnées par leur travail. Alors que les remplaçants, eux, s’ils ne font pas l’affaire, il est très facile de ne plus les appeler. Donc au final, il y a des chances pour que ces remplaçants soient en réalité plus compétents. Mais ils finissent eux aussi par prendre mal… Il faut savoir que travailler à la crèche, c’est également y manger, le plus souvent avec les enfants. Et même si les employés ne sont pas végétariens, déguster sa portion de viande ramenée de chez soi devant une vingtaine de paires d’yeux pleins d’envie, ce n’est pas facile à faire, ni à justifier. Soumis au même régime, leurs défenses naturelles sont également fragilisées (même si pour un adulte, le manque de protéines est certainement moins grave). Or, comme les remplaçants ne sont pas payés s’ils ne travaillent pas, ils viennent quand même (qui a dit que l’esclavage avait été aboli ?) Du coup, tout le monde chope la crève… Et le remplaçant a du boulot. Bref, tout tourne en rond à la crèche bio végétarienne.

Tant qu’il ne s’agit pas de maladie grave, tout va bien. Mais récemment, une épidémie de rougeole a mis Prenzlauer Berg sans dessus-dessous : les « Latte Machiatto » vont assez loin dans leur intransigeance pour vouloir également renoncer aux vaccins, ce qui n’est pas sans risque pour la santé publique. Bref, apparemment pacifique, il s’agit en effet d’une espèce qui peut se révéler dangereuse pour son environnement (cf. billet sur Kohlhaas).

Entre-temps, une petite Chinoise admise à la crèche hispanophone a fait des progrès (si les parents allemands ont des ambitions pour leur progéniture, il en va de même des parents chinois)… A cinq ans, elle parle trois langues : l’espagnol, appris à la crèche, le chinois, parlé à la maison, et l’allemand, appris je ne sais où… Bref, vous êtes jaloux ?! Eh bien, envoyez vos enfants à la crèche bilingue, végétarienne et bio ! (Mais n’oubliez pas de mettre leurs vaccins à jour… on ne sait jamais !)

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