Société de surveillance

Ce matin, dans le métro berlinois, j’ai malencontreusement assisté à une scène embarrassante et le sentiment de malaise qui m’a alors saisie ne s’est pas encore dissipé. L’histoire est courte, simple et sans doute quotidienne pour ne pas dire banale. Mais c’est la première fois que j’en suis le témoin involontaire. A la station du jardin zoologique, deux uniformes sont montés dans le wagon et ont demandé à l’une des personnes présentes de sortir. Il s’agissait visiblement d’un SDF. Celui-ci, contrairement à de nombreux SDF de Berlin, ne puait pas. Il ne faisait rien de particulier. Bien sûr, personne ne s’asseyait sur les trois sièges du carré restés libres (ou peut-être deux, je n’étais pas assez proche pour voir à quel point il s’était étalé), mais enfin, jusqu’à l’arrivée de ces deux personnes, je n’avais même pas remarqué sa présence. Il fut donc prié de sortir, car « Les gens veulent aller travailler ». Il mit quelques secondes avant de s’exécuter, puis sorti sans mot dire, escorté des deux uniformes qui le suivirent un moment sur le quai. Je sais qu’il existe à cette station un centre qui s’occupe des SDF, peut-être voulaient-ils l’y conduire… Mais j’avais tout de même un nœud à l’estomac en observant la scène. Je me demandais s’il fallait intervenir, sans savoir précisément quoi faire. Très vite, les portes du métro se sont refermées et la rame a poursuivi sa route dans les souterrains de la ville.

La première question que je me suis posée, c’est comment l’action avait été organisée. Tout est allé très vite. Il est en effet probable que d’autres témoins aient eu les mêmes hésitations que moi, et que le moindre retard dans l’exécution aurait engendré une résistance de la part des autres passagers. Mais la mécanique était parfaitement huilée : les uniformes attendaient sur le quai à l’endroit exact de l’arrêt du wagon, ils sont entrés en sachant ce qu’ils cherchaient, l’ont trouvé et l’ont mis dehors. C’est alors que j’ai pensé aux caméras. Bien sûr ! Ces caméras présentes dans chaque voiture, et au sujet desquelles j’avais certes eu quelques doutes, bien vite oubliés. Je n’en avais pas mesuré les conséquences.

Nous le savons tous, nous sommes filmés en permanence. Quelle naïveté de s’en étonner, de s’en rappeler… Mais ce matin-là, le phénomène m’est apparu pour la première fois dans toute son ampleur, voire toute son horreur : la moindre anicroche, le moindre comportement au-delà des cases « les gens qui veulent aller travailler », et hop ! Vous voilà dehors.

Dans notre société moderne, on repère plus vite les SDF que les terroristes…

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s