La Caisse des Français de l’Etranger

Parmi les problèmes complexes auxquels sont confrontés les Français de l’étranger, celui de la sécurité sociale est particulièrement délicat. Un vrai casse-tête, y compris pour ceux qui restent en Europe ! En Allemagne, il est possible (et par conséquent, revers ironique de la médaille, nécessaire) de choisir sa caisse d’assurance maladie. Mais quelle qu’elle soit, les tarifs sont toujours prohibitifs. Les étudiants eux-mêmes ne s’en sortent guère à moins de 70€ par mois. En tant qu’indépendant, il faut compter au moins 200€. Il est vrai cela dit que vous pouvez déduire vos cotisations de vos revenus avant de régler vos impôts. Malheureusement, il est déjà difficile à qui fait ses premiers pas sur ce difficile chemin vers la liberté de s’acquitter de son loyer, alors la sécurité sociale… D’autant que je ne compte même pas les cotisations à la caisse des retraites, qui viennent s’y ajouter.

Pourtant, un Français dans cette situation n’est peut-être, malgré tout, pas si à plaindre. En effet, ceux-ci ont le privilège de pouvoir choisir la Caisse des Français de l’Etranger (CFE). Là, les frais ne s’élèvent guère à beaucoup plus de 100€ par mois. Et c’est une excellente solution pour qui n’est pas certain de rester en Allemagne, que ce soit pour aller plus loin (auquel cas celui qui avait opté pour une caisse allemande doit à nouveau repartir de zéro), ou pour rentrer, car alors on n’est pas sorti du système français. Cette solution pose cependant quelques petits problèmes. En effet, il est alors impossible d’obtenir le véritable sésame que constitue la carte européenne d’assuré social, chose que je ne saurais vous expliquer, n’étant guère en mesure de la comprendre moi-même. Il me semblait pourtant que la CFE était bien une assurance française, c’est-à-dire, pour autant que je sache, européenne.

Dans la vie quotidienne, cela ne pose pas de problèmes insurmontables : une visite chez le médecin se solde par une facture, en partie remboursée quelques mois plus tard. Les vrais problèmes surgissent si vous avez le malheur de tomber malade un mercredi après-midi, ou pire encore un vendredi après-midi. Il est alors fort difficile, pour ne pas dire impossible, de dénicher un cabinet ouvert. On vous envoie donc directement aux urgences. Et là, faute de pouvoir présenter cette fameuse carte européenne, ce sont 100€ en liquide que vous devrez immédiatement débourser, avant tout examen. Car vous êtes dans ce cas tout simplement considéré comme « non assuré ». Une pilule quelque peu amère pour qui se déleste tous les trois mois d’une somme rondelette s’élevant à un peu plus de 300€.

La CFE, quant à elle, ne voit pas le problème. Elle se considère mondialement connue et reconnue. Même au Vietnam, paraît-il, sa carte d’adhérent vous ouvre les portes de n’importe quel hôpital. Je me surprends à regretter d’avoir préféré à l’exotisme asiatique la sobriété de notre voisin européen… Visiblement, la distance n’est pas le critère pertinent pour juger de l’éloignement entre deux pays. Et l’amitié franco-allemande a parfois bon dos. Si par extraordinaire il se trouvait sur terre un membre du personnel soignant ignorant encore son existence (le malheureux !), poursuit la représentante de cette administration française au rayonnement mondial, celui-ci aurait encore la possibilité de la joindre au numéro de téléphone indiqué sur la carte, afin de se renseigner. J’hésite entre le rire et les larmes. Car je vois la scène : l’infirmière allemande – pire, berlinoise ! – tentant de se renseigner auprès de l’employée de la CFE, dont je me permets de douter qu’elle maîtrise parfaitement la langue de Goethe. Bref, pas de chance : je n’habite pas au Vietnam…

Si on se place du point de vue berlinois, il faut avouer qu’il y a à Berlin toutes sortes d’étrangers aux caisses d’assurance santé les plus diverses, dont le paiement n’est apparemment pas toujours garanti. Comme dit le dicton, « chat échaudé craint l’eau froide ». Je comprends parfaitement que l’on souhaite se prémunir contre les mauvais payeurs, et ne pas se tourmenter à téléphoner au bout du monde, pour tenter d’échanger en malais quelques mots avec l’employée d’une caisse d’assurance maladie locale, afin d’avoir celle (l’assurance) d’être payé pour les soins que vous allez prodiguer. Vous me direz que la France est un pays ami. C’est oublier que les Allemands ont fait des règles dans le but (louable) d’être équitables. Il n’y a pas d’amitié qui tienne, pas de favoritisme, et de plus, comme on dit au pays de Trichet, « les bons comptes font les bons amis ». Il me semble d’ailleurs que la carte européenne d’assuré social avait été créée précisément afin d’éviter ce genre de problèmes. Mais ce que je ne comprends guère, c’est pourquoi diable un assuré de la Caisse des Français de l’Etranger n’aurait pas droit à cette maudite carte. Cela, en revanche, m’échappe totalement. Les voies de l’administration française sont impénétrables…

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5 réflexions au sujet de « La Caisse des Français de l’Etranger »

  1. Joël

    Je ne savais même pas que cette carte existait. J’ai tout naturellement opté pour le système de sécurité sociale allemand.

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  2. Hortense

    Il y a une carte qui existe de ce genre, mais à mon avis il faut la prendre de la France, enfin de ce qu’une amie au Portugal m’a dit mais qui a tout de même renoncer au système de sécurité sociale français pour prendre le système portugais.
    Mais si on opte pour la sécurité sociale allemande, on opte aussi pour la retraite allemande, non? (c’est peut-être une question idiote…) j’ai du mal avec l’administration.

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    1. marianneaberlin Auteur de l’article

      En ce qui concerne la carte européenne, on y a effectivement droit lorsqu’on cotise au régime classique de sécurité sociale française. La CFE se trouve également en France, mais fait bande à part. Etrange…

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  3. Oscense

    Merci pour ce témoignage, je pensais également qu’il serait possible d’avoir la carte européenne avec la CFE, pfff ! Ne pas tomber malade un mercredi ou vendredi : j’essayerai d’y penser alors :(( Au final, est-ce que ça vaut le coup quand même d’adhérer à la CFE ?

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    1. marianneaberlin Auteur de l’article

      Voilà une question à laquelle il est bien difficile de répondre du tac-au-tac. Cela dépend du cas personnel, de paramètres tels que le fait d’envisager de partir plus loin ou de revenir en France, ou d’avoir une constitution plutôt robuste 🙂

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